Le Dieu des Petits Riens, d'Arundhati Roy (Inde)

Publié le par sabine

C'est l'histoire de jumeaux fusionnels (« l'Un n'existait pas sans l'Autre »), Rahel (la fille) et Estha (le garçon), qui ont été séparés à un moment de leur enfance. (« Rahel ne lui écrivit jamais. Il y a des choses qu'on ne peut pas faire. Comme écrire une lettre à une partie de soi-même. A ses pieds, ses cheveux. Son cœur. »)

Ce livre se passe à plusieurs moments de la vie des jumeaux. Rahel revient dans son village en Inde, jeune adulte, pour retrouver enfin son frère. Dans leur enfance, leur cousine Sophie est morte, et cet événement crucial a été à l'origine de la séparation des jumeaux. Ammu (la mère) et ses deux jumeaux « avaient eu l'autorisation d'assister à l'enterrement, à condition de se tenir à l'écart de la famille ». Peu à peu, grâce à des allers et retours dans le temps, les petits bouts de cette histoire se rassemblent, le puzzle se reconstitue. Les enfants, qui ne comprennent pas bien ce qui se passe, se croient coupables et sont terrifiés par l'éventualité de ne plus être aimés de leur mère. (« Après tout, il est si facile de réduire une histoire à néant. D'interrompre une chaîne de pensée. De briser un fragment de rêve porté avec autant de précaution qu'un vase de porcelaine»)

Une belle histoire dans un milieu indien très dur où les écarts en sont pas pardonnés, la fréquentation d'une personne d'une autre caste est interdite, toucher les « intouchables » est synonyme de salissure.

J'ai beaucoup aimé l'écriture de ce roman. L'histoire est racontée du point de vue des jumeaux, et dans les passages où ils sont enfants, l'écriture tient compte de leurs incompréhensions. A propos de leur mère qui a osé divorcer, et qui n'a plus de « statut légal », les enfants entendent qu'elle n'a plus de « Statue l’Égale ».

« Le silence rassembla ses jupes et (…) escalada le mur glissant de la salle de bains. »

« Cette chambre aux rideaux bleus et aux guêpes jaunes qui agaçaient les vitres »

« L 'air était moite et suffisamment détrempé pour que des poissons puissent nager dedans»

« Il avait laissé derrière lui un trou dans l'Univers dans lequel les ténèbres s'étaient déversées comme du goudron en fusion. Dans lequel leur mère avait disparu sans même se retourner pour leur dire adieu. Elle les avait laissés derrière elle, à tourner comme des toupies dans le noir, sans repères, dans un lieu sans ancrage. »

Merci à Evelyne pour cette belle découverte !

Publié dans romans étrangers

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