C'est très bien comme ça, d'Annie Proulx (États Unis)

Publié le par sabine

Un livre de 9 nouvelles où Annie Proulx décrit la vie de gens simples du Wyoming. Comment arriver à survivre dans un environnement difficile, et où on ne peut pas trop compter sur les voisins ni même sur la famille... L'auteur sait nous émouvoir par certaines histoires, par exemple celle d'Archie et Rose (« Les vieilles chansons de cow-boy »), un très jeune couple qui essaie de s'installer en 1885 dans un endroit encore sauvage, en construisant une cabane. L'impossibilité de gagner sa vie poussera Archie à se faire embaucher comme cow-boy dans un ranch lointain, alors que Rose est enceinte. Le plus terrible dans cette histoire est que tout le monde les oublie et que leur disparition passe presque inaperçue.

J'ai aussi beaucoup aimé l'histoire des indiens qui attendent depuis des années qu'un troupeau de bisons arrive à un endroit où ils pourront les canaliser vers une falaise fatale (« La grande coupe grasse de sang »). Annie Proulx fait de belles descriptions du lieu et de ses habitants. « Le besoin de graisse, le besoin de constituer des réserves de nourriture en prévision des rigueurs d'un hiver qui approchait sournoisement les avait rendus d'une sensibilité prodigieuse à toutes les nuances du monde naturel : nuages frottant le ciel comme un doigt traîne sur de la soie, frisson d'un brin d'herbe dans l'air calme indiquant un mouvement souterrain. »

Une autre histoire encore qui m'a touchée est celle d'une randonnée en solitaire dans la montagne (« Le témoignage de l'âne »), randonnée qui se termine mal... Peut-être m'a-t-elle d'autant plus touchée que ça m'est arrivé, de randonner seule en montagne...

Des nouvelles assez différentes les unes des autres et dont deux se passent en enfer, où le Diable s'amuse bien, avec son secrétaire Duane Fork. J'ai eu l'impression que l'auteur se moquait gentiment de certaines personnes, ou de certaines professions... ou même de l'espèce humaine !

« Pendant des centaines d'années, [le Diable] s'était morfondu dans une quasi-inaction – il ne faisait qu'attendre depuis le jour où il avait mis dans la tête d'un jeune inventeur écossais certaines observations sur des chaudières à vapeur. L'apparition de la chaudière avait précipité soudain une certaine espèce – il s'agissait en vérité de créatures égoïstes et ingénieuses, assez peu capables de maîtriser leurs instincts, faites pour chasser, cueillir, bricoler un peu d'agriculture – dans une civilisation frénétiquement technologique qui avait vite échappé à tout contrôle, et qui de bévue en bévue conduisait cette espèce vers son extinction. »

Le Diable, de retour de la Terre, confie à Duane : « dans le Séjour terrestre tous les signes concordent pour annoncer une grande guerre de religion dans un proche avenir. Si nous ne sommes pas prêts à l'afflux des arrivants, nous aurons un problème délicat. »

Le Diable a de l'humour, puisqu'il jure : « Diable ! (,,,) »

A tous ceux qui disent ne pas aimer les nouvelles, je conseille ce livre. Je ne vois pas comment on peut être déçu à la fin de chaque nouvelle : elles sont denses, bien écrites et complètes.

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