La bénédiction inattendue, de Yoko Ogawa (Japon)

Publié le par sabine

Toujours cette atmosphère étrange chez cette auteure. La narratrice est écrivaine... Yoko Ogawa ? Elle parle de la disparition de sa tante, de la mort de son frère... et de sa ré-apparition bizarre, sous la forme d'un homme d'âge mûr, dont les vêtements sont couverts de poches où il met tous les livres qu'elle a écrits, et qui semble la harceler. Les personnages se superposent, s'entremêlent, comme ce vieil homme chargé d'un panier de fruits, rencontré à l'aéroport, qui a une tache en forme de papillon sur le cou, tache qu'elle retrouve sur le cou d'un homme se trouvant dans son hôtel. La narratrice semble très seule. « Je sens une présence discrète, je crois que quelqu'un me rend visite, je me retourne, mais c'est toujours un tour que me jouent les arbres secoués par le vent. Ici il n'y a rien. Pas même une tasse de thé bien chaud. Je me tiens seule en bordure du monde. » Plus loin : « Lorsque j'étais nue devant un homme, j'avais toujours l'impression d'être repoussée encore plus en bordure du monde. Je prenais conscience de la faiblesse et de la médiocrité que je pouvais dégager. J'avais l'impression qu'il m'aurait suffi de reculer un tout petit peu pour franchir le dernier rebord et plonger vers les ténèbres du tréfonds de la terre. »

Ce qui m'a le plus touchée, c'est ce que Yoko Ogawa écrit sur la difficulté d'écrire : « Contre toute attente le récit semblait vouloir avancer dans une nouvelle direction. (…) J'avais très peur que la moindre imprudence fasse disparaître de ma paume le récit dont je m'approchais en tâtonnant. Quand j'écris un roman, j'ai toujours peur. J'écris chaque ligne d'une main tremblante, en retenant mon souffle. » Dans une autre nouvelle, où la narratrice perd les mots (parler et écrire) : « Je tâtonnais ici où là à la recherche des mots. (…) D'habitude, même si cela pouvait parfois me donner beaucoup de peine, il me restait le poids des mots au creux de la main. Mais maintenant, ils ne produisaient plus que des bruits secs et ma paume était vide. » Elle rencontre à l'hôpital une femme qui parle beaucoup : « Son corps était enveloppé de mots. Ceux qui sortaient d'entre ses lèvres étaient enchevêtrés comme des ronces poussant en tous sens, qui l'entouraient avec une telle obstination qu'il n'y avait pas le moindre espace libre. (…) Désormais, la silhouette d'Anastasia (…) n'allait pas tarder à être à moitié dissimulée dans les buissons. On aurait dit un ver à soie dans son cocon. »

Publié dans nouvelles

Commenter cet article