La cote 400, de Sophie Divry (France)

Publié le par sabine

Un tout petit livre plein d'humour ! Ouf, ça fait du bien...

La narratrice est bibliothécaire, son rayon est dans un sous-sol : les livres de géographie. Un peu aigrie... Elle envie les bibliothécaires du rez-de-chaussée, qui s'occupent de Littérature, et celles de la section Histoire, sa section préférée.

« Toutes les classes [sections de rangement des livres] ne sont toujours pas égales. Sur le papier, oui, bien entendu, mais en vérité pas du tout. Littérature française, histoire : telle est l'aristocratie des classes, la noblesse de cour. Dans le même cercle, vous avez les ci-devant de la philosophie et des religions. Puis les petits marquis des langues étrangères. Un peu avant, les tonsurés du rayon sciences économiques et sociales, la noblesse de robe. Juste au-dessous se pavane la bourgeoisie des revues et des magazines, qui débat toujours mais n'agit jamais. A côté, la citadelle imprenable, le bas clergé du rayon enfants. Je ne parlerai pas des zones franches dévolues aux disques et aux dévédés, ce sont des parvenus. Mais, plus bas encore, tout au-dessous, le prolétariat, je vous le dis, c'est le rayon sciences, géographie, informatique, vie pratique, dictionnaires et guides de voyage. (…) Car cet ordre qui règne dans les têtes, il a des incidences sur les étagères : les budgets pour acheter de nouveaux livres sont limités, les aristocrates passent en premier. Nous, les petits, on passe ensuite. On a les miettes. Tout ça me révolte. (…) A quoi bon avoir guillotiné Louis XVI, hein, si c'est pour être méprisée ainsi ?»

Elle est amoureuse d'un jeune lecteur qui vient faire des recherches dans les livres d'histoire, et ne sait comment attirer son attention... (« Plus je vieillis, plus les chances que Martin me regardent s'amenuisent. Je le sais. Chaque jour passé ici est un pas vers la tombe. »)

Elle affirme ses goûts en littérature. Son préféré est Maupassant, elle admire l'écrivain, mais aussi l'homme (« une vraie force de la nature »). Mais elle n'aime pas Balzac (« Balzac écrivait pour éponger ses dettes, c'est bien connu. Parfois il compilait des textes non publiés, changeait le titre, collait un ou deux chapitres en plus, et hop, à l'imprimerie. »)

A propos des bibliothèques qui ferment en août : « Qu'est-ce qu'il va faire, le petit vieux, au mois d'août ? Je vais vous le dire : il va se lever le mardi, il va prendre le seul bus de la journée, il va arriver lentement, pas à pas, jusqu'à la porte de la bibliothèque, et là, alors que depuis la veille il se voyait passer une douce journée climatisée à feuilleter ses quotidiens préférés, là, comme un coup de poignard dans le dos, comme le coup d’État du 18 brumaire, mon petit vieux, il verra sur la porte le félon écriteau : FERMEE JUSQU'EN SEPTEMBRE. Et après, Durkheim s'étonne qu'il y ait davantage de suicides en été... »

Un petit bijou !

Publié dans romans français

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CathyGagnaire 11/12/2015 20:36

J'aime bien ton blog . J'ai beaucoup aimé Nancy Huston et Russel Banks il y a quelques années mais je n'ai pas lu de choses récentes, j'ai beaucoup aimé Soie de Alessandro Barrico'aime beaucoup les interwiews de peintre ou les biographies (Louise Bourgeois , Gustave Courbet) en ce moment je lis " a travers la mort" de Louise Michel et juste avant j'ai lu les cahiers de tout et de rien de Macedonio Fernandez.

sabine 11/12/2015 21:05

merci de ta visite !

LaClaire 10/12/2015 06:54

J'en suis à la moitié, je rigole beaucoup ! C'est super bien écrit ...