Le rabbin congelé, de Steve Stern (États-Unis)

Publié le par sabine

« Saga déjantée » dit la 4è de couv. Bien vu ! Un rabbin, vers la fin du XIXe siècle, est congelé dans des circonstances naturelles surprenantes... Un marchand de glace (à cette époque, cela consistait à découper la glace dans des lacs ou rivières gelées et à la transporter chez le client) le découvre, et le voilà pris en charge dans son piège glacé, avec des tribulations tragi-comiques, jusqu'à la fin du XXe siècle, date à laquelle une panne d'électricité lui permet de se réveiller dans le congélateur d'une famille américaine. Je ne sais pas si c'est ça qu'on appelle « l'humour juif », mais c'est très drôle, avec beaucoup d'auto-dérision envers les juifs.

La situation à son réveil (en 1999) n'est pas moins drôle, et sa réactivité aux changements intervenus dans la société assez fulgurante : son a-propos lui permettra de devenir rapidement riche et adulé. Le réveil du rabbin est un événement important pour Bernie, l'adolescent indolent qui le trouve dans le congélateur familial, dont la vie est complètement transformée par une prise de conscience de la culture juive. Les trajets du rabbin et de Bernie s'avèrent extrêmement différents...

Description des élèves du lycée de Bernie : « Des tyrans néandertaliens bâtis comme des incinérateurs en brique pouvaient vous plaquer contre un casier à tout moment, tandis que de jeunes BCBG arborant les blasons de quelque fraternité vous embrochaient d'un seul regard. Il y avait les starlettes du lycée, avec leur clique de parasites fadasses, et les groupes cool aux dreadlocks et foulards en batik arc-en-ciel qui empestaient le shit, cheveux hérissés et teints en couleurs primaires, des piercings en quincaillerie dans les narines et les lèvres, comme des poissons pêchés puis rejetés à l'eau. »

Un autre personnage est important : Jocheved, la fille du glacier. Pour éviter de gros ennuis pendant le voyage difficile vers les États-Unis en 1907, elle se fait passer pour un homme : Max, lequel prend peu à peu le contrôle de ce corps féminin, au prix de dissimulations fastidieuses. Mais le combat entre Jocheved et Max est latent, et chacun reprend le dessus selon les circonstances. « Ces derniers temps, Max Feinshmeker et Jocheved l'habitaient [le « yungerman »] à parts égales, et elle semblait sur le point de prendre le dessus, car il se fiait de plus en plus à son flair commercial inné. Par ailleurs, Max était las de devoir toujours faire semblant. Il avait envie de libérer la fille en lui, ne serait-ce que pour un moment, mais pour cela, il lui fallait une plus grand intimité. »

L'amie de Bernie, Lou-Ella, fait une analyse de la société en 2001 qui m'a rappelé quelque chose : « Du jour au lendemain, au nom de la protection de la patrie, les bureaucrates anonymes supprimaient des libertés individuelles, au point de former un État policier au sein même de l’État et, dans cette atmosphère de paranoïa, les citoyens n'étaient plus capables de distinguer les menaces réelles des menaces imaginaires. Une répression plus sévère s'abattit sur les migrants illégaux (...) »

J'ai trouvé la fin de l'aventure (les 50 dernières pages, automne 2002) un peu excessive...

Un petit glossaire des mots yiddish se trouve à la fin de l'ouvrage, mais au bout d'un moment, j'ai trouvé assez lassant de m'y référer (surtout qu'il arrive que le mot cherché n'y soit pas), et j'ai réussi à suivre l'histoire sans m'y reporter.

Un livre drôle dont les 550 pages ne doivent pas vous faire peur !

Publié dans romans étrangers

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