Dans la nuit Mozambique, de Laurent Gaudé (France)

Publié le par sabine

 

Quatre nouvelles dans ce petit livre. Et le constat que Laurent Gaudé est aussi doué pour écrire des nouvelles que des romans.

 

Sang négrier : une vengeance par la magie d'un esclave noir envers le commandant du bateau qui l'a transporté jusqu'à Saint-Malo, récit fait par ce commandant.

Gramercy Park Hotel : Un vieil homme, qui s'apprête à mourir, se souvient de sa femme, Ella, morte à 30 ans, de leur relation, d'autres amis tous disparus. Il regrette lucidement de n'avoir pas su être assez présent.

Le colonel Barbaque : Un homme est étendu dans une barque qui descend le fleuve Niger. « Je suis la guerre. C'est pour cela qu'ils m'appellent le colonel Barbaque. Ils ont reconnu cela en moi : une hyène, qui s'ennuie lorsqu'elle ne tue pas. Je n'ai pas toujours été ainsi, mais il faut remonter trop loin. Je ne me souviens plus. Non, toute ma mémoire est un champs de bataille. La grande guerre des tranchées m'a transformé. Je suis la guerre parce que je ne sais faire que cela. Et que je m'insulte la nuit de n'être bon qu'à tuer n'y change rien. Que je me déteste et que je me frotte les mains dans les eaux du fleuve pour essayer de les laver n'y change rien. Ils ont fait de moi un monstre. »

Dans la nuit Mozambique : Au Portugal, quatre copains se retrouvent une ou deux fois par an dans le restaurant tenu par l'un d'eux, à une heure tardive pour éviter la foule, et se racontent, chacun son tour, une histoire. Belle amitié, belle complicité, bel échange interrompu de façon abrupte, qui nous laisse la possibilité d'imaginer la suite. « Ils aimaient ce vieux restaurant où la porte des cuisines restait toujours ouverte – laissant s'échapper de chaudes odeurs de fritures marines, où les bouteilles de vin, lorsqu'on les débouchait sous leur nez, poussaient de longs soupirs de table. »

Des personnages denses, une écriture précise et évocatrice, encore un livre à déguster !

 

 

 

Publié dans nouvelles

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