Le livre des Baltimore, de Joël Dicker (Suisse)

Publié le par sabine

 

Marcus Goldman, le narrateur, raconte l'histoire de la famille de son oncle et de ses cousins, en relation avec la sienne.

Il les fréquente beaucoup, les admire car ils sont riches et tout semble leur réussir. Dès le titre du prologue, un « Drame » est annoncé, et tout le roman, avec ses nombreux retours en arrière à différentes périodes, est construit pour aboutir à la narration de cet événement. Cet effet de puzzle et de suspense est bien sûr captivant, car... on veut savoir ! Mais c'est un peu lassant (ou bien suis-je fatiguée en ce moment ?) Marcus ne connaît pas tous les dessous de ce qui se passe, et peu à peu, certaines personnes lui livrant des secrets, il se rend compte de ses erreurs de compréhension des événements.

Joël Dicker situe son histoire dans les milieux aisés des États-Unis, qu'il semble bien connaître.

Je retiens un petit discours, situé en 2007, tenu par un producteur de cinéma à Marcus pour l'adaptation de son roman, qui lui dit que l'objet livre est dépassé, et qui m'a fait sourire (il ne représente pas du tout le ton du livre) :

« Le cinéma, Goldman, le voilà, l'avenir ! Désormais les gens veulent de l’image ! Les gens ne veulent plus réfléchir, ils veulent être guidés ! Ils sont asservis du matin au soir, et quand ils rentrent chez eux, ils sont perdus : leur maître et patron, cette main bienfaitrice qui les nourrit, n'est plus là pour les battre et les conduire. Heureusement, il y a la télévision. L'homme l'allume, se prosterne, et lui remet son destin. Que dois-je manger, Maître ? Demande-t-il à la télévision. Des lasagnes surgelées ! lui ordonne la publicité. Et le voilà qui se précipite pour mettre au micro-onde son petit plat dégoûtant. Puis, le voilà qui revient à genoux et demande encore : Et, Maître, que dois-je boire ? Du Coca ultra-sucré ! hurle la télévision, agacée. Et elle ordonne encore : Bouffe, cochon, bouffe ! Que tes chairs deviennent grasses et molles. Et l'homme obéit. Et l'homme se goinfre. Puis, après l'heure du repas, la télé se fâche et change ses publicités : Tu es trop gros ! Tu es trop laid ! Va vite faire de la gymnastique ! Sois beau ! Et il vous faut acheter des électrodes qui vous sculptent, des crèmes qui font gonfler vos muscles pendant que vous dormez, des pilules magiques qui font à votre place toute cette gymnastique que vous n'avez plus du tout envie de faire parce que vous digérez votre pizza ! Ainsi va le cycle de la vie, Goldman. L'homme est faible. Par instinct grégaire, il aime s'entasser dans les salles sombres qu'on appelle cinémas. Et bam ! On vous envoie la pub, le pop-corn, la musique, les magazines gratuits, avec des bandes-annonces qui précèdent votre film et qui vous disent : « pauvre cloche, tu t'es trompé de film, va voir plutôt celui-là, il est beaucoup mieux ! » Oui, mais voilà : vous avez payé votre place, vous êtes coincé ! Donc vous devrez revenir voir cet autre film dont une autre bande-annone vous indiquera que vous n'êtes une fois de plus qu'un benêt, et, malheureux et déprimé, vous irez engloutir des sodas et des glaces au chocolat vendus hors de prix pendant l'entracte pour oublier votre condition misérable. Il n'y aura peut-être plus que vous, et une poignée de résistants, entassés dans la dernière librairie du pays, mais vous ne pourrez pas lutter indéfiniment : le peuple des zombies et des esclaves finira par gagner. »

Publié dans romans français

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