La terre qui penche, de Carole Martinez (France)

Publié le par sabine

1360. Blanche, la fille d’une dizaine d’années d’un petit seigneur, est amenée au château des Murmures car son père la destine à épouser le fils du seigneur voisin, Aymon, un petit garçon simplet, plus proche de la nature que des humains.

Blanche est une petite fille rebelle qui rêve d’apprendre à lire et à écrire, ce que lui refuse son père (une fille!). C’est au château de Murmures qu’elle va apprendre, car Aymon n’en a pas la capacité. Elle est ravie, et, après un moment de refus devant ce destin qui lui est imposé, elle s’adapte à cette nouvelle vie, en fait bien plus belle que la précédente.

Ce roman est à deux voix, comme un dialogue. « La petite fille » : Blanche raconte son histoire dans son présent. « La vieille âme » : six siècles après, l’âme de Blanche, vieillie, reprend ses souvenirs et les met en perspective.

La rivière où Aymon manque de peu de se noyer est aussi un personnage à part entière, personnifiée par la « Dame verte » (« une ancienne croyance que le Dieu a détrônée du cœur des hommes »), qui n’apparaît qu’à certaines personnes, surtout de sexe masculin. Elle tient un rôle important dans la vie de la petite fille.

Blanche cherche à avoir des renseignements sur sa mère, morte peu de temps après sa naissance. Elle arrive peu à peu à percer certains secrets, et surtout à découvrir le passé de son père, en faisant parler les uns et les autres.

J’ai beaucoup aimé ce roman, où l’on plonge dans la vie médiévale, avec le fonctionnement de la société, les coutumes, les chansons, les mentalités, et la magie.

Un extrait, à propos d’une cuisinière un peu magicienne :

« Tel était l’art de cette femme, un art que tous auraient voulu pénétrer, mais que nul ne parvenait à reproduire. A son contact, on apprenait à associer les goûts et les parfums, à mesurer la force du feu et celle des épices, à respecter les proportions les plus justes, mais toujours quelque chose échappait, bien qu’elle ne se cachât pas pour composer ses plats. Ce quelque chose ne tenait à rien de précis, il était son palais et son nez, cette sensibilité qu’elle avait au moindre écart de goût, cette mémoire des sens, son propre plaisir à pétrir pâtes et images ensemble, à touiller ses souvenirs, à humer les grands vents et les plus infimes parfums, à rêver les arômes, à goûter chaque seconde. »

Quand un marmiton ouvre un pot qu’elle a apporté, et y plonge le doigt : « Elle s’est même amusée à l’observer lécher son index : elle savait que le carrelage de la cuisine se couvrait tout à coup pour lui de feuilles rouges et de bogues à moitié éclatées, que les couleurs d’octobre ambraient soudain les murs, que l’humus de la grande forêt lui chatouillait les narines. La surprise se dessinait sur les traits du marmiton à mesure que les vents d’automne lui agaçaient le bout de la langue. »

Ensuite, le marmiton ne résiste pas : il ouvre un deuxième pot où il trouve les saveurs de l’hiver, un troisième pot qui lui révèle le parfum du printemps, et le dernier pot qui le plonge dans l’ambiance de l’été...

Merci à Marilys de ce bon conseil de lecture !

Publié dans romans français

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