Cadix, ou la diagonale du fou, d’ Arturo Pérez-Reverte (Espagne)

Publié le par sabine

cadix.jpgUn roman foisonnant, à la fois historique, policier, maritime (ça existe ?).

Au début du XIXe siècle, les français ont envahi l’Espagne et installé Joseph Bonaparte sur le trône. Le guerre continue face aux ilots de résistance, tel Cadix, ville portuaire du sud de l’Espagne, sur l’Atlantique. Les espagnols résistants sont aidés par les anglais.

Plusieurs personnages sont suivis :

-Rogelio Tizón, policier à Cadix, cherche le meurtrier en série qui laisse des cadavres de jeunes filles fouettées à mort sur les lieux où une bombe française est tombée… ou va tomber ! Il joue régulièrement aux échecs avec son ami Hipólito Barrull, professeur de latin-grec, érudit, qui le bat toujours. Il lui demande son avis sur la stratégie à suivre dans son enquête, qui s’apparente à un jeu d’échecs (« En calculant, encore et encore, de subtiles combinaisons dans le jeu d’échecs d’un adversaire invisible dont le cerveau compliqué, aussi insaisissable que l’idée ultime de Dieu, se confond avec la carte de ce Cadix singulier, entouré de mer et sillonné de vents») et qui devient une obsession (« Le visage amaigri, les yeux enfiévrés par les gardes constantes et les litres de café, crispé par l’obsession qui est devenue le but principal de son travail et de sa vie, Tizón vit depuis longtemps en regardant autour de lui, méfiant, agressif, flairant l’air à la manière d’un griffon frappé de folie, en quête de signes minuscules connus seulement de lui et de l’assassin. ») .

-Pepe Lobo, bel homme, capitaine de bateaux, qui va diriger avec son second Ricardo Maraña « la Culebra », bateau « corsaire » appartenant à Lolita Palma.

-Lolita Palma, d’une famille riche de Cadix, dirige l’entreprise familiale de commerce maritime. Devant le gouffre financier des bateaux qui ne reviennent pas tous des « Amériques », elle finance un bateau « corsaire », chargé officiellement de capturer les bateaux français et leurs chargements. C’est Pepe Lobo qui en sera le capitaine. Lolita et Pepe se plaisent, mais ils ne sont pas du même monde… Leur relation est toute en retenue, regards appuyés, sous-entendus, phrases suspendues, hésitations, renoncements…

-Simon Desfosseux, professeur de physique enrôlé dans l’armée française, responsable des canons pointés sur Cadix, cherche à résoudre le problème du trajet mal contrôlé des boulets de canons et de leur explosion aléatoire. Pour lui, cette guerre est strictement un problème de physique.

-Felipe Mojarra, saunier très pauvre, essaie de faire vivre sa  famille en guidant des militaires anglais dans les marécages. Il est le père de Mari Paz, jeune fille gaie de 17 ans employée chez Lolita Palma.

-Gregorio Fumagal, taxidermiste à Cadix, très solitaire, s’intéresse spécialement à l’endroit où tombent les bombes françaises.

Chaque personnage appartient à un milieu bien différent de celui des autres. Leur entourage, leurs mœurs, leurs projets, leurs amitiés, leurs activités, leur mentalité, sont décrits de façon minutieuse et particulièrement intéressante. Cadix est dépeinte dans ses couleurs, ses odeurs, ses boutiques, ses fêtes, ses ruelles, ses églises, sa vie économique, politique (les Cortès), commerciale. Vue par les français : « … après un an et demi d’enlisement dans ce pourrissoir destructeur de vies et d’espérances qu’est Cadix, trou du cul de l’Europe et ulcère de l’Empire, avec cette maudite Espagne rebelle réduite à une île imprenable. »

Un roman très documenté (les amateurs de bateaux y trouveront les manœuvres détaillées) et prenant !

Publié dans romans étrangers

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