Fukushima, récit d’un désastre, de Michaël Ferrier (France)

Publié le par sabine

fukushima.jpgMichaël Ferrier enseigne la littérature à Tokyo. Il raconte ce qu’il a vu, ressenti, entendu le 11 mars 2011 et les jours suivants. Le tremblement de terre et ses innombrables répliques, le tsunami, l’accident nucléaire. Avec sa compagne, il décide d’aller vers Fukushima. Il y trouve « la dévastation », des millions de tonnes de débris (« dans la préfecture de Miyagi, l’équivalent de vingt-trois ans de ramassage municipal »). Ce témoignage est saisissant. Il est très bien écrit, nous suivons l’évolution des sentiments et des constats faits sur place par l’auteur, les hésitations, les mensonges et les erreurs du gouvernement, des médias, des experts, l’opportunisme d’industriels toujours à l’affut d’une nouvelle « niche » commerciale, le témoignage d’un « liquidateur » nucléaire, anonyme bien sûr !

 

Quelques extraits, pour le plaisir de l’écriture :

« Combien de temps cela a-t-il duré ? Je ne sais pas. Deux, trois minutes peut-être… Une éternité. Il ne sert à rien de regarder sa montre lors d’un séisme. Le tremblement de terre est aussi un tremblement du temps : le temps n’est plus enserré dans le cadran métallique et les mailles de la trotteuse, il a pris son existence propre. Il n’obéit plus à rien. (…) Le tremblement de terre n’affecte pas seulement l’espace, mais aussi la chronologie ; sur la ligne bien tracée de la journée, il griffonne pendant quelques instants la possibilité d’une temporalité autre, lézardée, la brisure d’une inquiétude, la perplexité d’une ligne tremblée. »

« C’est un tapis de débris. Des kilomètres et des kilomètres de gravats. Tout est aplati, aplani, rasé, arasé. De cette plaine de déchets, plus rien ne semble pouvoir s’élever : le mouvement vertical a été éliminé de la terre, réduite à sa plus simple surface, sa plus plate expression. Plus rien ne porte, ne rayonne, aucune arête d’immeuble, aucune flèche de branche : le bois, l’acier, tout a été aplati, laminé, lapidé, dilapidé. (…) Les hommes sont terrassés, les villes pulvérisées. »

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LaClaire 05/10/2012 13:24

C'est fou comme un événement aussi terrible et important a été aussi rapidement gommé de l'espace médiatique. Bien plus vite que l'attentat du 11/09 : comme quoi il ne doit pas avoir une "valeur"
politique qui va dans le sens attendu ...