La horde du contrevent, d'Alain Damasio (France)

Publié le par sabine

la-horde-du-contrevent.jpgUne équipe d'une vingtaine de personnes remonte de l'extrême-aval vers l’extrême-amont, sur une planète où soufflent des vents de toutes forces. Aucune des équipes précédentes n’a encore réussi à arriver au bout, où l’on espère trouver la source de ces vents et la possibilité de les stopper. Dès leur plus tendre enfance, ils ont été entraînés pour tenir leur rôle dans l’équipe, chacun expert dans sa technique : Golgoth, le plus fort, est « traceur », toujours devant ; Erg est « combattant-protecteur », il protège les autres des agressions de toutes sortes ; Sov, le scribe, note tout, il est la mémoire du groupe ; Callirhoé est « feuleuse », c’est elle qui allume le feu, parfois dans des conditions difficiles… Les conditions météorologiques sont terribles, les dangers peuvent être naturels, mais aussi magiques, ou … humains.

Selon le type de vent à affronter, Golgoth décide de la formation de son équipe, de son « pack ».  Oui, quelques fois on pense à une équipe de rugby !  Sov raconte : « Il [Golgoth] avait compté 3 ! 2 ! 1 ! et il était entré. Personne n’avait eu le choix de ne pas le suivre, sauf à décider de le laisser mourir. J’avais fermé les yeux, tout le monde avait fermé les yeux, on s’était encastré de toutes nos forces les uns dans les autres en appui sur les crampons et Golgoth, toutes les quatre secondes, avait gueulé Pack ! Pack ! Pack ! à chaque poussée, pour rythmer les coups de butoir dans le métal du vent. »

L’histoire est d’une originalité rare. L’écriture est très travaillée, Alain Damasio est un magicien des mots, il a un vocabulaire très large, et quand ça lui manque, il invente des mots qui « parlent » ! Chaque personnage a son style propre. Par exemple, Golgoth : « Je ne sais pas ce qui berdança dans leur calebasse toute la nuit, ils étaient debout, les cinq, à l’aurore, à parloyer, tout affourbaudis autour du tas de cendres. J’entendis Oroshi se rebrailler et filer les rejoindre, moi je m’enfouillai dans le duvet pour pas chercher à savoir. »

L’un d’eux, Caracole, est le « troubadour », toujours gai, même dans les pires moments, un être étrange qui semble connaître l’avenir de chacun. « Bizarre, peut-être pas. Je dirais plutôt cocasse ou simplement inattendu, voire impromptu, quoiqu’un tantinet insolite disons-le, dans la mesure du saugrenu, tout en étant singulièrement fantasque, presque excentrique si l’on y songe, et qui sait ? extravagant en diable… » C’est lui qui doit affronter Sélème le stylite à Alticcio, dans une joute oratoire. Ils doivent dialoguer en palindromes (par exemple « et si l’arôme des bottes révèle madame, le verset t’obsède, moraliste ! » - oui, vérifiez, ça se lit dans les deux sens, et Damasio écrit tout un dialogue de cette façon !) ou avec comme seule voyelle autorisée le « o » (par exemple « Osons donc ! Proposons ! Fonçons ! Go ! Dosons nos longs solos d’or blond […] Stop mon cochon, mon porc trop snob ! Ton pognon corrompt ! Dors donc, hop, dodo !)

Bref, un livre extra-ordinaire, très fort, comme on en lit peu, un livre fantastique d’aventures, d’alpinisme, de magie, qui laisse épaté et … essoufflé !

Voir aussi la critique de Claire, quelques images du film en préparation, et le blog dédié.

Publié dans romans français

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LaClaire 13/01/2013 20:38

Je suis bien contente que ça t'ai plu. A conseiller autour de toi, il faut soutenir un auteur français aussi novateur et aussi peu "main stream"