La tristesse du Samouraï, de Victor del Arbol (Espagne)

Publié le par sabine

tristesse-du-samourai.jpg Ce roman se passe à deux périodes en Espagne : en 1941, sous la dictature de Franco, et 40 ans après, un peu avant la tentative de coup d’état. L'histoire est assez complexe et les liens entre les personnages ne se découvrent que peu à peu. 

A l’origine de tout, Isabel. En 1941, elle veut quitter Guillermo, son mari, chef de la Phalange, en emmenant son plus jeune fils Andrés, qu’elle sait plus fragile que Francesco, l’aîné. Mais Publio, secrétaire du mari, l’en empêchera. Guillermo se vengera, Isabel va disparaître. Marcello, le précepteur d’Andrés est accusé de cette disparition.

De cette situation où les phalangistes ont tous les pouvoirs et tirent toutes les ficelles, vont découler des conséquences dramatiques pour les deux fils d’Isabel, le fils et la petite fille de Marcello, et d’autres encore.

Maria, avocate, est la fille de Gabriel, au passé gardé secret. Il a aussi joué un rôle dans l’histoire d’Isabel en 1941. En 1976, Maria défend un homme qui s’est fait tabasser par un policier. Le policier, César - le fils de Marcello - se retrouve en prison. Mais ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’elle s’est fait manipuler pour cette intervention. Quand peu à peu, elle découvre des parcelles de vérités, toute sa vie s’effondre. « Toute ma vie, j’ai voulu être honnête. J’ai cru qu’en me bardant de principes, en me donnant un peu de mal et en mettant un peu d’ordre dans mes actes, j’aurais une bonne vie. Mais tout ce qui fonde mon existence est faux. C’est comme si tu découvrais que tu es toi-même un mensonge. J’ai échoué, je ne sais même pas qui je suis, ni qui j’ai voulu être. Je suis perdue, pleine de confusion, de douleur. Et je n’ai pas de réponse. »

Une histoire de manipulation, sur plusieurs générations, à plusieurs niveaux. L’homme qui tire les ficelles est un phalangiste, jeune en 1941, où il est secrétaire d’un homme de pouvoir, et vieux 40 ans après, député fomentant un coup d’état. Pour arriver à satisfaire son ambition, il assassine et fait assassiner, il envoie sur le front russe, il menace, il enferme... Manipulation, chantage, haine, vengeance, assassinats, secrets, lâchetés, accusations, …

Ce que j’aime dans ce livre, c’est que les personnages ont tous une vraie consistance, l’auteur tente de nous faire comprendre leur mentalité, leur évolution. Voici quelques extraits qui m’ont touchée particulièrement :

César (en prison, parlant de la mort de son père) : « Quand un homme meurt, justement ou pas, il ne se passe rien de particulier. La vie continue. Le paysage ne change pas, il n’y a pas plus de place dans le monde, sauf peut-être un peu plus de douleur chez ceux qui ont vécu cette mort de près. Mais même cette douleur est vite oubliée par la nécessité péremptoire de vivre, de travailler, de reprendre la routine (….) »

Gabriel, à sa fille Maria : « Tu ne peux pas imaginer à quoi ressemblait cette époque, ce qui se passait, comment nous étions. Il n’y avait pas d’amour, pas de loyauté, pas de sentiments. Nous étions en guerre, une guerre que nous ne pouvions pas perdre. Et moi, j’étais soldat. J’utilisais les autres et les autres m’utilisaient. Je croyais à la nécessité de mes actes (…) »

Fernando (fils ainé d’Isabel) : « Je sais ce que c’est, d’être maltraité, humilié, frappé jusqu’à la satiété, et d’être paralysé par la lâcheté au point de ne pouvoir se révolter. Et je sais ce que c’est, de trouver une bonne cause qui justifie sa vie misérable. Une cause juste qui permette d’oublier. On mobilise tous ses efforts et ses énergies sur cette cause pour apaiser ses monstres. (…) Mieux vaut être un fils plein d’amertume et de haine qui décide de s’enrichir pour venger sa mère ; mieux vaut être une avocate de prestige, juste et inflexible, qui envoie un policier corrompu en prison. Mais rien de tout cela ne nous guérit, n’est-ce pas ? Nous ne pouvons pas échapper à ce que nous sommes. »

Publié dans romans étrangers

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