Le vieux qui lisait des romans d’amour, de Luis Sepulveda (Chili)

Publié le par sabine

le-vieux-qui-lisait.jpgQuel plaisir de retrouver un livre que j’avais lu il y a une vingtaine d’années, à sa sortie en français. Je n’avais pas oublié la première scène, qui se passe au bord du fleuve (l’Amazone ?), à El Idilio, un petit hameau, où un bateau amène deux fois par an le dentiste et son fauteuil. La scène vaut son pesant de cacahuètes, ou plutôt de pépites d’or !

Donc, après le Groenland, me voilà plongée dans l’Amazonie. C’est l’histoire du « vieux », Antonio José Bolivar Proano. Il a vécu longtemps avec les indiens Shuars qui lui ont appris comment se débrouiller pour survivre dans la jungle amazonienne. Les Shuars doivent s’éloigner de plus en plus, à cause de l’intrusion des colons et des chercheurs d’or. Mais Antonio José Bolivar a dû les quitter car il n’était pas « des leurs ». Alors il s’est installé dans une cabane qu’il a construite à El Idilio. « Antonio José Bolivar essayait de mettre des limites à l’action des colons qui détruisaient la forêt pour édifier cette œuvre maîtresse de l’homme civilisé : le désert. » Tout le livre est écrit sur ce ton, légèrement sarcastique envers les colons.

Antonio José Bolivar découvre qu’il sait lire, à l’occasion de la venue de deux fonctionnaires qui devaient recueillir le suffrage des citoyens. Pour avoir le droit de voter, il faut savoir lire. Antonio José Bolivar ne se souvient plus s’il sait lire, alors les fonctionnaires lui font passer un court test. Qu’il réussit. « Ce fut la découverte la plus importante de sa vie ». Alors commence sa quête de lectures. Il s’organise de façon très efficace (et savoureuse !) pour découvrir, finalement, que ses livres préférés sont les romans d’amour. Pour arriver à gagner l’argent nécessaire à l’achat de livres, il se rend dans la jungle pour capturer vivants quelques oiseaux et quelques singes. Ses techniques de chasse sont respectueuses des animaux… et très drôles.

Étant connu comme le meilleur chasseur de la région, il est obligé de participer à une expédition pour retrouver une femelle jaguar qui s’attaque aux hommes. Lui dont le bonheur est de lire lentement les romans d’amour…

"... il prit la direction d'El Idilio, de sa cabane et de ses romans qui parlaient d'amour avec des mots si beaux que, parfois, ils lui faisaient oublier la barbarie des hommes." C'est la phrase finale.

A la fin de l'édition que j'ai lue (ed. Métaillié, 2004), se trouve "Court roman d'un roman court", texte où l'auteur raconte comment il a imaginé ce roman, puis comment il l'a écrit, et comment il a été amené à le faire éditer. Ca a duré 10 ans.

Humour, respect de la nature, aventures rocambolesques, encore un très beau livre !

Publié dans romans étrangers

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