Prends soin de maman, de Shin Kyung-sook (Corée)

Publié le par sabine

Prends-soin-de-maman.jpg Roman coréen. Une vieille dame disparaît : elle suivait son mari dans le métro, et tout d’un coup, elle n’est plus là, elle n’est pas montée dans la rame qui part avec son mari.

Ses enfants, son mari la cherchent vainement. Cette disparition fait remonter des souvenirs. On découvre quelle mère elle était, toujours très active, toujours seule : semer, planter, récolter, faire la cuisine, préparer des conserves, s’occuper des animaux, mettre les enfants au monde, les élever… Et on découvre à quel point elle avait déjà « disparu » aux yeux de ses enfants et de son mari. Elle avait eu clairement des symptômes d’un AVC, d’un cancer du sein, et plus récemment de la maladie d’Alzheimer, mais ne se plaignait pas.

Le premier chapitre est le point de vue de sa fille ainée, célibataire, écrivaine, rongée par la mauvaise conscience « Depuis qu’elle a disparu, les choses me paraissent plus claires. J’aurais pu faire tout ce qu’elle voulait, ce n’était pas difficile… » Le deuxième chapitre est le point de vue du fils ainé « La disparition de sa mère fait resurgir toutes sortes de détails qu’il croyait avoir oubliés… » Le troisième chapitre est le point de vue du mari, notoirement égoïste, souvent en cavale, mais revenant toujours « Jusqu’à ce que tu la perdes… elle était pour toi comme un arbre : immuable, à moins qu’on l’abatte. Maintenant qu’elle n’est plus là, tu commences à penser à elle comme à une épouse… que tu as négligée pendant cinquante ans… comme si sa disparition l’avait rendue plus réelle. » Le quatrième chapitre est le point de vue… de la vieille dame. Elle semble s’être transformée en oiseau (en fantôme ?), et observe sa deuxième fille, qui a réussi ses études de pharmacie, et pourtant reste « femme au foyer », pour s’occuper de ses trois enfants, au grand regret de sa mère. Elle va voir un homme qui a eu une importance dans sa vie, et on découvre qu’elle avait des secrets méconnus de sa famille. Elle va voir sa maison (vide et froide), et on constate qu’elle avait préparé sa disparition, effacé ses traces, car elle sentait monter la maladie.

Le style adopté (je suppose que c’est par l’auteur, et non pas par le traducteur, mais ne connaissant pas le coréen, je ne sais pas quels sont les contraintes de la traduction) m’a gênée : l’utilisation des pronoms personnels m’a parue lourde : les 1er et 3ème chapitres sont écrits avec le tutoiement (le personnage décrit : la fille, puis le père, sont désignés par « tu »), ce à quoi je n’ai pas réussi à m’habituer. Au deuxième chapitre, plus classiquement, le fils est désigné par « il », et au quatrième chapitre, la mère devient la narratrice par le pronom « je ».

Nota : au sujet du style, lire le brillant commentaire de Sylvie, ci-dessous !

Publié dans romans étrangers

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barot 05/03/2012 15:29

Réflexion personnelle
L'utilisation des pronoms personnels m'a moi aussi gênée au premier lieu mais très vite il m'a permis d'affiner ma compréhension des liens qui unissaient cette femme, cette mère, aux différents
personnages. Le tu destiné à cette fille, celle sur qui l'espoir du changement culturel arrive, celle qui reste reliée à elle par le lien du téléphone, comme une mère est reliée à son enfant par le
cordon ombilical, Puis à cet homme si différent d'elle mais qui est entré dans son intimité, l'a aimé à sa façon et l'a fait exister en tant que femme et mère.
Le il pour ce fils aîné qui n'a pas respecté son souhait de le voir devenir enseignant , qui n'a pas su accéder à son espoir d'ascension culturel et qui a préféré trouver une place stable dans la
société.
Le je pour l'intériorité de ce personnage central, pour accéder à sa conscience.
L'auteur nous donne des clés de compréhension non accessibles aux autres personnages du roman.

Réflexion après discussion avec ma fille
La polyphonie narrative est un procédé littéraire qui permet l'intervention de plusieurs voix car chaque voix est forte d'un point de vue différent et donc d'une expression différente. Ce procédé
est utilisé pour rendre compte de la complexité et de la densité des rapports humains et de la vie en générale. (exemples type de la polyphonie narrative en poésie « Apollinaire les femmes
»
LES FEMMES

Dans la maison du vigneron les femmes cousent
Lenchen remplis le poêle et mets l'eau du café
Dessus - Le chat s 'étire après s 'être chauffé
- Gertrude et son voisin Martin enfin s s’épousent

Le rossignol aveugle essaya de chanter
Mais l'effraie ululant il trembla dans sa cage
Ce cyprès là-bas a l'air du pape en voyage
Sous la neige - Le facteur vient de s 'arrêter

Pour causer avec le nouveau maître d'école
- Cet hiver est très froid le vin sera très bon
- Le sacristain sourd et boiteux est moribond
- La fille du vieux bourgmestre brode une étole

Pour la fête du curé La forêt là-bas
Grâce au vent chantait à voix grave de grand orgue
Le songe Herr Traum survint avec Sa soeur Frau Sorge
Kaethi tu n 'as pas bien raccommodé ces bas

- Apporte le café le beurre et les tartines
La marmelade le saindoux un pot de lait
- Encore un peu de café Lenchen s'il te plaît
- On dirait que le vent dit des phrases latines

- Encore un peu de café Lenchen s'il te plaît
- Lotte es-tu trille O petit coeur - Je crois qu'elle aime
- Dieu garde - Pour ma part je n 'aime que moi-même
- Chut A présent grand-mère dit son chapelet

- Il me faut du sucre candi Leni je tousse
- Pierre mène son furet chasser les lapins
Le vent faisait danser en rond tous les sapins
Lotte l'amour rend triste - Ilse la vie est douce

La nuit tombait Les vignobles aux ceps tordus
Devenaient dans l'obscurité des ossuaires
En neige repliés et gisaient là des suaires
Et des chiens aboyaient aux passants morfondus

Il est mort écoutez La cloche de l'église
Sonnait tout doucement la mort du sacristain
Lise il faut attiser le poêle qui s'éteint
Les femmes se signaient dans la nuit indécise

Septembre 1901-mai 1902.

La multiplicité des voix forme le village on a ainsi un éloge du langage populaire, des conversations populaires. Le poète fait irruption dans le quotidien de ces femmes et nous le restitue dans
toute sa beauté dans toute sa force.

sabine 05/03/2012 19:58



J'ai vraiment fait un blocage là-dessus, que je n'ai pas réussi à dépasser... Merci de ta belle explication.