Un pays à l’aube, de Dennis Lehane (USA)

Publié le par sabine

pays-aube.jpgLes USA, 1918-1919. Crise économique : l’industrie de guerre doit se reconvertir. L’inflation est grave. Les soldats reviennent de la guerre en Europe, il faut leur trouver du travail. Montée des syndicats ouvriers, attentats anarchistes. Les immigrés (italiens, irlandais, et surtout russes) sont soupçonnés d’être des « bolcheviques » cherchant à affaiblir le pays. L’opinion publique fait l’amalgame entre les grévistes, les étrangers, les « rouges ». Racisme terrible contre les noirs. Quand on est noir, il faut être très prudent dans la façon de se comporter en public en présence des blancs, sans quoi on se fait facilement assassiner. C’est l’époque de Sacco et Vanzetti.

Luther et Danny : le noir, le blanc, deux destins se croisent.

Luther perd son travail à l’usine : il doit laisser la place aux soldats revenus de la guerre. Sa femme le convainc de partir à Tulsa, à deux jours de train, où les noirs sont moins opprimés et où il pourrait trouver plus facilement du travail. Il y trouve une place de groom dans un hôtel. Mais Luther n’arrive pas à se contenter d’une vie tranquille, entre le travail et son foyer, avec sa femme enceinte. Il aime traîner dehors. Il se met à faire des « extras » : il devient encaisseur pour un truand spécialisé dans les jeux et la prostitution. Ca tourne mal, il doit s’enfuir seul, et se retrouve à Boston où il se fait embaucher au service de la famille de Danny.

Danny, fils de bonne famille, est flic de base. Son père a un poste important à la police de Boston. Encouragé par une promesse d’évolution rapide dans sa carrière, Danny accepte des missions difficiles d’infiltration dans les syndicats ouvriers. Il doit rapporter à ses chefs les projets de grève ou de manifestations, ainsi que les listes des noms des syndicalistes. Il s’aperçoit que les syndicalistes qu’il côtoie sont des citoyens honnêtes, confrontés à la même situation que lui et ses collègues policiers : des salaires bloqués, une inflation importante, l’impossibilité de vivre normalement. Il est de plus en plus mal à l’aise de trahir ses nouveaux amis. D’autant plus que, ayant des talents d’orateur, ses copains policiers le poussent à s’investir dans leur « club social » qui peu à peu prend des allures de syndicat. Une rupture avec sa famille au sujet de la jeune fille qu’il aime, et il accepte de devenir le leader de ce nouveau syndicat. On voit toutes ses hésitations avant de décider à contrecœur de proposer la grève à la police. On voit aussi toutes les manipulations auxquelles se livrent les chefs de la police, maire, gouverneur, et autres hommes de pouvoir. C’est rapidement le chaos à Boston…

« L’espace d’un instant, Danny envisagea de rentrer dans sa chambre à Salem Street et de s’asseoir dans le noir, le canon de son revolver contre les lèvres. Pendant la guerre, ils étaient morts par millions pour un enjeu qui se réduisait à une lutte de territoire. Et aujourd’hui, dans toutes les rues du monde, la même bataille se poursuivait (…) Les pauvres contre les pauvres. Comme ils l’avaient toujours fait. Comme on les encourageait à le faire. Rien ne changerait jamais. Il le comprenait enfin. Non, rien ne changerait jamais. »

Dennis Lehane décrit avec talent l’atmosphère politique et sociale régnant à cette époque à Boston. Il montre les gens simples dans leur vie, dans leurs difficultés, par des détails du quotidien. Il montre l’ambivalence des gens, comme par exemple cet homme qui est un amateur de musique sensible et intelligent, mais aussi anarchiste poseur de bombes. Ses deux héros sont parfois complètement coincés dans des impasses dont la seule issue leur semble être la mort… et la vie reprend, cahin-caha, différente, mais basée sur ce qui est resté d’essentiel.

Un roman dense et passionnant, qui laisse un vide quand on le quitte !

Paru dans la collection "thriller", mais pour moi, c'est un roman "blanc" (!)

Publié dans romans étrangers

Commenter cet article

LaClaire 21/04/2012 19:15

J'avais adoré ce bouquin, comme tous les Lehane : mais celui-ci encore plus ! Pour moi c'est un roman historique, car il retrace une époque en parlant de la vie des gens ordinaires.

sabine 21/04/2012 19:42



Lehanne s'est beaucoup documenté sur l'histoire de sa ville à cette époque, on le voit dans la bibliographie qu'il donne à la fin de son livre. Cette histoire semble très réaliste...