Les poissons ne ferment pas les yeux, d’Erri De Luca (Italie)

Publié le par sabine

Erri De Luca nous raconte un été de sa jeune adolescence. « A travers l’écriture, je m’approche du moi-même d’il y a cinquante ans »

A 10 ans, ce jeune citadin passe ses vacances sur une île avec sa mère. Il est mal dans son corps, dont il trouve qu’il n’a pas assez changé : « A dix ans, la modestie de mon corps me poussait à disparaître. Je marchais en imaginant que j’étais invisible. Mon pantalon bleu et mon tricot de corps blanc me trahissaient, sans moi à l’intérieur, mais personne n’y prêtait attention. La nuit, nu sur mon lit, je pouvais disparaître tout entier. »

Sur la plage, il ne se joint pas aux autres jeunes de son âge. Il lit des journaux, des listes : « je restais sous le parasol à lire n’importe quoi d’écrit », et l’après midi, il nage et va aider les pêcheurs sur leurs bateaux. Une fillette sous un parasol voisin lit des romans policiers. Cette fillette intrigue le garçon, qui pour la première fois de sa vie s’intéresse à une fille de son âge. Une complicité s’instaure avec elle, des discussions sérieuses : lorsque qu’il lui demande en quelle classe elle est, elle répond « Ne perdons pas de temps à ces bêtises ! Toi, pourquoi es-tu comme ça ? » Elle sera l’enjeu d’une violente bagarre avec une bande de trois garçons, bagarre au cours de laquelle le narrateur se laisse tabasser sans réagir, ou plutôt, il laisse tabasser son corps dont il veut casser la coque. « Mon corps (…) est celui d’un enfant que je ne suis plus. (…) Je grandis et mon corps non. Il reste en arrière. Et donc, peu importe s’il se casse. Au contraire, s’il se casse, il en sortira un corps nouveau. » Plus loin : « Aujourd’hui, je sais que le corps se transforme très normalement, avec une lenteur d’arbre. (…) A dix ans, je croyais dans la vérité des coups. L’irréparable me semblait utile. »

La fillette, au caractère bien trempé, et comprenant qu’elle a été à son insu un élément dans la bagarre, décide de rendre justice, ce qu’elle fera avec un aplomb étonnant.

Ce livre est un regard d’adulte sur ce que l'auteur était à 10 ans, sur ce qu’il ressentait, et les regrets qu’il a maintenant, écrit dans un langage simple. Un livre agréable à lire.

Publié dans romans étrangers

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La Mante 17/04/2014 21:43

On dirait le titre d'un Pancol.

sabine 17/04/2014 22:09

quel plaisir de te retrouver ! oui, ça fait un peu "Pancol" comme titre, mais c'est vraiment un livre très bien écrit (hum, je n'ai jamais lu de Pancol, mais j'ai un a-priori...)

LaClaire 04/09/2013 14:25

Je l'ai lu, merci de me l'avoir prêté : effectivement agréable et très bien écrit, mais je reste perplexe devant la "maturité" des comportements et des sentiments de ces enfants de 10 ans. Une autre époque...