Child of all nations, d'Irmgard Keun (Allemagne)

Publié le par sabine

(en français : « Une drôle de petite fille »)

J'ai lu ce livre en anglais (vocabulaire très abordable). L'original est en allemand.

La narratrice, Kully, est une petite fille allemande d'une dizaine d'années. Dans la fin des années 1930, il ne fait pas bon rester en Allemagne quand on affiche des opinions contraires au régime nazi. Ce qu'a fait son père, écrivain et journaliste. S'ensuit une errance à travers différents pays d'Europe, pour Kully, son père et sa mère.

Kully tient son journal, où elle raconte les absences continuelles de son père, soi-disant pour trouver de l'argent, et sa vie avec sa mère très fragilisée par cette situation. Le père semble avoir des habitudes de luxe, et installe sa femme et sa fille dans de grands hôtels, où la question essentielle sera d'une part de cacher son impécuniosité (en se privant de nourriture), puis de savoir comment régler la facture, question laissée souvent à la mère de Kully. La petite fille est bien consciente des frasques de son père, qui, dès qu'il a un peu d'argent, le donne à plus pauvre, ou le dépense dans des boissons fortement alcoolisées, avec des amis dans des bars de luxe. Elle prend sa mère en charge, en essayant de la rassurer, de la réconforter, de l'aider.

C'est un regard d'enfant et ses questionnements sur la vie de ses parents, et aussi sur la politique d'alors (« Hitler belongs to the Germans, but the Italians have one of their own, called Mussolini »), sur la religion (« Grown-ups were trying to tell me how it's possible to go to heaven. I hate it when people have such a low opinion of children that they think they'll believe anything they're told. What person in their right mind would stay in the world with worries and strife if they could be in heaven instead, and it not even cost any money ? »), sur les rapports d'un écrivain avec ses éditeurs, sur la façon de se débrouiller sans argent dans un monde instable, sur la vie, la mort (« Most people have to do their dying without help all by themselves, and there's always the danger that somenone might save them. When I'm grown up, I want to be dead too, but there's a lot of time till then. »).

On voit la vie dans cette période difficile, pour des personnes n'ayant plus de pièces d'identité, ou n'ayant que des visas provisoires, dans une Europe où la guerre se prépare.

Irmgard Keun a sans doute un peu raconté sa vie ici. La postface du traducteur (Michael Hofmann) donne une analyse très intéressante.

Merci à Christiane de m'avoir fait découvrir cette auteure.

Publié dans romans étrangers

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